Plus rien que les vagues et le vent _ Christine Montalbetti


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 Avec son nouveau roman, Christine Montalbetti s’en retourne aux terres nord américaines, un espace de fiction qu’elle avait auparavant exploré dans Westen (2005) et Journée américaine (2009).

Canon Beach, côte ouest des Etats-unis, une petite station balnéaire déserte, hors saison, où les vagues et le vent sans cesse s’acharnent sur la côte. Un français, derrière la baie vitrée d’un motel, est spectateur de cette colère invariable de l’océan, érodant la nature et le cœur des quelques habitants qu’il retrouve tous les soirs au bar de Moses.

Ils s’appellent Colter, Shannon et Harry Dean.

Inhospitaliers et bourrus au premier abord. Ce sont des hommes qui contiennent en eux une profonde colère. Colère d’un passé qu’ils voudraient oublier, d’un avenir incertain. Puis après quelques bières, ils se livrent. L’histoire d’une femme qui vous quitte, emmenant avec elle les enfants; une autre dont on fait le choix de se séparer. La fugue d’un fils. Un frère qui s’engage dans l’armée. Un oncle que l’on croyait mort. La crise économique, les crédits qu’on ne peut plus rembourser. Et l’ombre du Mont Saint Helens qui plane en permanence. Une éruption sans fin dont les cendres retombent encore, obstruant le cœur de ces hommes.
Puis il y a Perry aussi, de passage dans la région, portant les bagages de son passé et poursuivant les fantômes de Lewis et Clark, deux scientifiques du début du XIXème sicèle, ayant exploré le territoire, découvrant faune et flore, n’ayant qu’un seul but, atteindre l’océan. Cet océan toujours présent au fil des chapitres, accroissant sa violence, redessinant le rivage.
On écoute les histoires de ce microcosme, et on croit que des liens se nouent, partageant intimement leurs tragédies.

Chaque fois que je relève les yeux vers l’océan et que je pense à toutes les histoires que j’ai entendues chez Moses, je ne peux m’empêcher de trouver un lien inexplicable entre le spectacle inutile et violent des rouleaux qui viennent s’écraser contre la grève et l’acharnement du sort à briser méthodiquement les éclats de bonheur auxquels Colter et les autres étaient parvenus.

Pourtant les vagues ne sont pas la seule menace, un danger trouble règne avec ce type, Mc Cain, une sorte de seigneur locale qui, terrifiant tout ce petit monde, semble ne pas voir d’un bon œil la présence de ce français sur ses terres.

Christine Montalbetti, géologue de l’humain, prélève de strates de ces hommes en exil, qui immobiles, recomposent leurs vies au Retour d’Ulysse, le bar de Moses. Au suspense distillé dans un style mélodieux, poétique souvent, où se combinent, dans la nature hostile, les souvenirs déracinés et la géologie des lieux, on redoute la sentence de cette menace qui plane comme une ombre au fil des pages, certains qu’à la fin ne subsiste plus rien que les vagues et le vent.

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Christine Montalbetti est une femme de lettres française née en 1965 au Havre. Elle est par ailleurs maître de conférences en littérature française à l’université Paris-VIII.

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Christine Montalbetti _ Plus rien que les vagues et le vent
P.O.L _ 31/08/2014

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